« L’égalité entre les sexes n’est pas un privilège : c’est normal »

Leïla Chétih est porte-parole de l’association Osez le Féminisme, qui lutte pour l’égalité réelle entre les hommes et les femmes. Elle fait partie de l’antenne clermontoise de l’association, lancée en 2011. Actions, engagement féministe, clichés : entretien avec cette féministe qui s’investit pour donner une place aux femmes dans la société.

Quand une femme vous dit « je ne me considère pas comme féministe », quelle est votre réaction?

Je ne suis pas surprise. Être femme ne signifie pas forcément être féministe. Parce qu’être féministe, c’est avoir conscience de son statut, du regard éclairé qu’on porte sur la société, des inégalités. Il faut absolument avoir fait un travail de déconstruction pour se questionner, cibler les problématiques spécifiques aux femmes et se dire « ça m’interpelle ». Un certain nombre d’entre elles ont intégré la misogynie, ont été éduquées dans le stéréotype du genre et dans un environnement sexiste. C’est compliqué pour une femme de remettre en question ces codes ancrés et faire une césure entre son quotidien et la réalité qui l’entoure. Mais, une fois qu’on en a conscience, le retour en arrière est impossible.

Quel est le centre du combat féministe aujourd’hui ?

Il existe énormément de domaines d’interventions qui sont principalement des problématiques du quotidien. Elles se logent dans l’idée d’une violence à la fois économique, sociale, physique et psychologique issue d’une domination masculine. C’est cette oppression qui est à la base de toute les inégalités, finalement. Et c’est cette idée qu’il faut combattre, parce que l’égalité entre les sexes n’est pas un privilège, ça devrait être normal.

Quelles sont les actions envisageables, même à la plus petite échelle ?

Tout d’abord je dirais : la transmission. Les échanges, débats et tout ce qui porte à réfléchir sur ce que signifie le combat féministe. Il ne faut pas se cantonner aux grandes actions, les plus importantes sont celles du quotidien. Par exemple, valoriser les femmes qui nous entourent et ne pas adopter des postures patriarcales et se croire en concurrence. L’éducation aussi, sensibiliser. Faire attention : ne pas accepter les blagues sexistes, arrêter de véhiculer des stéréotypes sur les femmes. Si déjà, on pouvait agir sur ces petites choses-là, ce serait un grand pas en avant.  Il n’y a pas de petits combats et nous faisons le travail pour les générations futures. À Osez le féminisme, on avait largement milité pour faire supprimer le « mademoiselle » des documents officiels. On nous avait critiqué, prétextant qu’il y avait d’autres combats à mener alors que ce terme rapporte directement à la condition de représentation de la femme. Une femme ne serait pas épanouie tant qu’elle n’a pas de mari ? Nos actions sont des grains de sable dans une machinerie. Alors, certes, nos actions dérangent. Mais c’est bien de déranger, ça suscite de l’intérêt.

Les clichés sur le féminisme et les féministes ont la vie dure, que répondez-vous à ces attaques ?

Les gens pensent que nous sommes en croisade, en pleine guerre des sexes. Alors que ce qu’il se joue, c’est une guerre de genres, qui par le biais de la loi, de la société, qui oppresse les femmes.  Ce n’est pas nous qui la portons, elle existe déjà. Après, en fonction du degré affectif, je tourne volontiers le débat en dérision, le propos et je distille mes idées. J’explique aussi que je me bats pour que toutes les femmes aient les mêmes droits en apportant des faits, souvent avec quelques chiffres. J’adore parce qu’ils savent que j’ai raison et ça les agace.

Propos recueillis par Chloé Tridera

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