24 heures avec… une starteupeuse

Les start-up créées par des femmes sont plus rentables. Elles génèrent 10 % de plus de chiffre d’affaire que celles propulsées par des hommes, sur une période de cinq ans, selon une étude du Boston Consulting Group de juin 2018. IMMERSION DANS LA JOURNÉE D’UNE START-UP, IMPULSÉE PAR DEUX FEMMES, QUI POURRAIENT ÊTRE VOS VOISINES.

Laou, une plateforme de recherche d’emploi dédiée aux parisiens souhaitant s’implanter en région, est sortie tout droit des cerveaux d’Aurore Thibaud et Perrine Bailly. Elles ont posé leurs quartiers au Bivouac, un incubateur de start-up à Clermont-Ferrand.

6 heures 30

« Dès que j’ouvre les yeux : je pense Laou », lâche Aurore Thibaud. « Il faut sans cesse se remettre en question : comment nous améliorer, aller plus loin. Cette réflexion s’arrête quand mon réveil sonne à 7h. Après je fais mon yoga. »  La terrasse de son appartement clermontois s’y prête. Au dernier étage, Aurore Thibaud a une vue sur la Cathédrale et le Puy-de-Dôme en fond. « Ça m’apaise, c’est nécessaire pour être prête pour ma journée de boulot. »

9 heures 

Une fois au bureau, Aurore Thibaud avale son café et se lance, les yeux rivés sur son ordinateur portable. Les bureaux de Laou sont installés dans l’hôtel de la Région Auvergne-Rhône-Alpes à Clermont-Ferrand, au sein du Bivouac, incubateur de start-up.

 Au premier étage, le lieu est partagé en plusieurs petits bureaux accueillant l’écosystème de start-up auvergnates. Dans l’open-space, deux larges tables sont installées en face de l’autre, accaparant la majorité de la salle. En face d’Aurore, Ceylia Cacea est assise et à, a elle aussi les yeux rivés sur son ordinateur. Elle est en stage chez Laou dans le cadre de son master en marketing d’entreprise.

Le soleil commence doucement à chauffer ce bocal à idées novatrices, Aurore Thibaud demande à Ceylia « Tu sais quand ils arrivent ? ». « Ils ne devraient pas tarder je pense ».

9 heures 30

Par « ils » Ceylia parle surtout de « elles ». Dans l’équipe, très peu de testostérones. Aurore Thibaud l’assume entièrement. « Être entourée de femmes aussi brillantes, c’est inspirant. Ces femmes-là, comme toute celles que j’ai côtoyées dans mon travail sont performantes, rigoureuses. Je suis si fière de les avoir, même s’il faut que je masculinise l’équipe », avoue t-elle. 

Une fois Charlotte Drault, Camille et Clément arrivés, la réunion quotidienne peut débuter. Debout, devant le tableau blanc, stylo Velléda en main, Aurore Thibaud mène la baraque. Sujets techniques d’abord, puis le programme du jour.  « Bon, cet après-midi, c’est le Democamp (*). Nous on y va surtout pour se montrer, coache Aurore. Si quelqu’un d’important arrive, vous m’appelez, ok ? »

« OK », un onomatopée qu’Aurore use insatiablement. Simple et efficace, il illustre sa force de travail et de sa volonté de bien faire, sans artifices. Même si elle est la capitaine du navire Laou, elle n’en reste pas moins ouverte aux commentaires de ses collègues.

(*) Le Démocamp, journée dédié à la présentation des entreprises innovantes qui peuplent le Bivouac. Ainsi, durant l’après-midi, ils devront se présenter, c’est-à-dire « pitcher ».

10 heures 15

Tout le monde se met travail. Pour être tranquille, Aurore a l’habitude d’aller à l’espace de coworking, à gauche du bureau. « Tu passes ta vie ici Aurore », lui lance un collègue de passage. Elle répond par un léger sourire, elle ne peut qu’acquiescer. Posés sur un tapis en fausse pelouse, deux fauteuils en lin et un sofa orné de coussins Ikea bariolés occupent l’espace. Aurore Thibaud attrape un support pc, le pose sur ses genoux et se love sur l’un des fauteuils en tailleur. Elle prépare un communiqué de presse pour le distribuer au Démocamp.

 « Mon féminisme à moi, c’est de l’humanisme »

Aurore Thibaud

Aurore Thibaud, « n’aime pas le mot féminisme » et ne se considère d’ailleurs pas comme tel. « Par contre, Perrine Bailly mon associée à Paris, elle l’est beaucoup plus que moi », glisse-t-elle. « Pour moi, ce terme est synonyme de bataille. Et toute bataille doit avoir une fin, argumente Aurore Thibaud. L’égalité doit exister, mais je considère que toute les femmes ont aujourd’hui la possibilité de réussir si elles en veulent. » Entre deux tapotage sur son pc, Aurore s’arrête pour continuer sa pensée « J’adore la masculinité, je suis consciente des difficultés qu’ils traversent, et des pressions que supposent cette virilité. J’ai envie de les comprendre, songe t-elle. En cela, mon féminisme à moi, c’est de l’humanisme. »

11 heures 30 Midi 

Le rendez-vous au Démocamp, à Polydôme est prévu à 11h30. Charlotte et Camille sont déjà parties pour installer le stand mais Aurore et Ceylia sont encore sur le communiqué de presse. « C’est toujours comme ça, être entrepreneuse, on passe son temps à être pressée et en retard », lance-t-elle dans un sourire.

Au cours du déjeuner prévu sur place, Aurore “network”, son verre de vin blanc à la main. Entre deux bouchées du buffet, elle demande à un confrère du Bivouac « Quel jour on est aujourd’hui ? ». Le 21 juin.  « Ça fait trois ans que j’ai quitté mon boulot. J’aurais pu fêter ça », songe-t-elle avant d’engloutir son amuse-gueule. Auparavant, elle travaillait dans l’économie sociale et solidaire. « Cette expérience m’a appris à mettre en valeur les parcours, raconte Aurore. Moi-même je ne suis pas un modèle de réussite dans ce milieu.  Monter ma start-up en tant que femme n’a pas été un frein. L’écosystème start-up est très égalitariste dans les relations hommes-femmes et c’est important. »

Au stand Laou, Charlotte est assise sur sa chaise haute, lunettes sur les yeux, talons haut à bouts rond : Charlotte a tout d’une femme d’affaire. Elle est à plein temps pour Laou depuis un an, et s’investit beaucoup. Si elle se considère féministe, elle comprend les critiques qu’apporte Aurore : « Revendiquer un féminisme radical a tendance à desservir la cause. Alors qu’en soi, c’est indissociable de notre épanouissement. »

14 heures 20

Aurore Thibaud se lance dans son pitch. « Il faut que ce soit moi qui pitch pour incarner Laou. Je voulais le confier à Charlotte, mais c’est encore trop tôt, même si je lui fais une confiance aveugle. »

Son associée, Perrine Bailly est restée à Paris pour piloter de nombreuses affaire là-bas. Elle se revendique comme féministe : « Avec Aurore, on a déjà eu des gros débats ensemble sur nos féminismes respectifs. C’est un mot qu’elle révulse, parce que connoté négativement, alors qu’au fond, je reste persuadée qu’elle l’est. »

16 heures 58

Cyril, l’ami d’Aurore arrive dans son bureau. Ils vont aller voir le match de foot France-Pérou dans les locaux d’une autre start-up. « Je vais travailler en même temps que regarder le match », envisage Aurore. Elle confie qu’elle et lui ne se sont pas vus depuis plusieurs semaines. « C’est là que je remarque une différence entre les hommes et les femmes : cette pression sociale de devoir réfléchir à sa future vie de famille qu’à sa carrière, même si je m’en échappe. Ça fait partie de mes nombreuses réflexions de femme. »

Photo de Une : Richard Brunel

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