« Les femmes ont une légitimité à devenir cheffes d’entreprise »

Depuis bientôt six ans, le Centre d’information pour le droit des femmes du Puy-de-Dôme (CIDFF 63) propose une formation de trois mois, à destination des femmes souhaitant créer leur entreprise, à Clermont-Ferrand.

Seulement 39% de femmes ont créé leur entreprise individuelle en France en 2018, selon les chiffres de l’Insee. En 2010, ce chiffre était de 30%. « Il faut trouver des moyens d’apporter aux femmes l’opportunité d’entreprendre », constate Sarah Sinemian, conseillère emploi au CIDFF du Puy-de-Dôme. Cet organisme a mis en place une formation de trois mois et demi, pour permettre aux femmes de se lancer dans la création.

Depuis près de six ans d’existence, la formation « Créative ou l’ambition au féminin » accueille des femmes en chômage de longue durée, des allocataires du RSA, de l’ASS, des mères isolées, des femmes vivant dans des quartiers prioritaires. « Ce sont souvent des situations difficiles. Ces femmes sont souvent en rupture avec l’emploi. Elles ont parfois tout lâché pour leurs enfants et ont mis leur vie professionnelle de côté », observe Sarah Simenian.

Permettre aux femmes d’entreprendre

Le principe de cette action est d’abord d’amener ces femmes à devenir autonome et s’émanciper financièrement à travers la création de leur propre entreprise. Au cours de la formation, portée par le plan local pour l’insertion et l’emploi (Plie) de Clermont Auvergne Métropole, douze femmes se familiarisent avec les rouages de l’entrepreneuriat. « Elles rencontrent de nombreux acteurs du territoire, chefs d’entreprise, banques et réalisent des stages en entreprise », ajoute Sarah Sinemian. Julie Pinglot-Alexandre, une clermontoise de 34 ans a participé à « Créative » entre novembre 2018 et février 2019. Sa volonté ? Lancer sa boulangerie-pâtisserie. « J’avais tout quitté pour passer un CAP. J’ai toujours eu envie de créer mon entreprise ». Mais, devant elle, les portes se ferment, une à une. Au chômage, elle perd pied. « C’était un échec. Mais j’ai voulu absorber cette déception et rebondir : la formation est arrivée au bon moment », se souvient-t-elle.

Prendre confiance en soi pour créer son entreprise

Le projet dans sa mallette, la jeune femme espérait trouver dans la formation une manière de concrétiser son rêve : « Au chômage, je pensais avoir le temps pour m’occuper de créer mon entreprise, mais je n’ai pas eu le temps, observe-t-elle. Je me suis dédiée à ma famille, et j’ai procrastiné mon projet ». La formation ne s’arrête pas au projet professionnel. Elle s’attarde aussi sur le développement personnel, la confiance en soi, en relation avec une psychologue et l’antenne clermontoise de la Cravate solidaire. « Quand j’ai commencé la formation, je n’arrivais pas à comprendre en quoi ces éléments pouvaient entrer dans le processus de formation. Je voulais juste être aidée », se remémore Julie.

Puis, elle comprend. Il fallait évacuer certains freins personnels pour se retrouver et se lancer.

« Ces femmes peuvent devenir des cheffes d’entreprises. Elles sont légitimes. La vocation de cette formation est de leur faire réaliser cela »

ajoute Sarah Sinemian.

Par contre, l’issue de la formation ne se solde pas forcément par la création d’une entreprise. Sur les deux dernières promotions, dix-sept sur les vingt-quatre femmes ont pu retrouver un emploi en CDD, en CDI ou en CDI d’insertion. Seulement deux ont repris une entreprise. D’autres ont entamé une formation qualifiante. « La formation n’a pas pour but de donner un business plan clé en main. Elle a vocation à être un tremplin vers le retour à l’emploi », ajoute Sarah Sinemian.

Julie Pinglot-Alexandre n’est pas parvenue à finaliser son projet, faute de moyens et de soutiens des banques. Pourtant, elle reste optimiste. Elle a réussi à obtenir un CDI comme responsable adjointe en pâtisserie à l’Intermarché du Cendre (Puy-de-Dôme). Elle sort son business plan précieusement conservé dans un dossier. « J’ai tout. Il me manque seulement de l’argent. Je prends cette expérience en CDI comme une nouvelle étape vers mon rêve. J’ai tellement travaillé pour ça, je ne peux pas abandonner. Je suis plus forte psychologiquement pour ce défi », conclut-elle.

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