« Aux femmes assassinées » : opération collage sauvage dans les rues de Clermont

Un mercredi soir à Clermont-Ferrand. Comme dans plusieurs villes de France, des femmes se sont regroupées pour inscrire sur les murs leurs colères et alerter sur les féminicides, en plein grenelle contre les violences faites aux femmes.

Ce n’est un secret pour personne : je suis féministe. J’admire les femmes en action, qui défendent et font avancer la condition des femmes. Depuis près de deux mois, je scrute sur Instagram celles de Marguerite Stern, une activiste badass à souhait, passée chez les Femen.

Placardé sur les murs de Paris, les noms des femmes tuées depuis le début de l’année 2019 (comptabilisés ici). Mais surtout des phrases chocs, « Aux femmes assassinées, la patrie indifférente », « Elle le quitte, il la tue ».

Dans son action, Marguerite Stern a entraîné près de soixante femmes avec elle dans les rues de Paris, en près de trois semaines. Et elle ne s’est pas arrêtée là. Elle a emporté dans son sillon de colère de nombreuses autres. Dans presque chaque villes de France, des collectifs spontanés de femmes se mobilisent pour essaimer, dans les rues, le ras-le-bol de l’inaction des pouvoirs publics. Je ne pensais pas arriver jusque-là, mais j’ai suivi un de ces groupes de filles militantes toutes aussi badass, à Clermont-Ferrand.

Organisation 2.0 sur les réseaux sociaux

Un mercredi soir, un peu avant 22 heures. Éléonore attend calmement dans la pénombre d’une rue clermontoise, les yeux rivées sur l’écran de son téléphone portable. Je l’interpelle : « Salut, tu viens pour les collages ?  »

Pour cette étudiante de 22 ans, déjà militante dans l’univers politique, le parcours vers cette soirée se résume à deux mots : réseaux sociaux. « Je ne suis pas militante féministe, mais quand je vois le nombre de femmes tuées sous les coups de leur conjoint, ex, ou mari, je me dis qu’il faut agir, me lance-t-elle. J’ai vu le travail de Marguerite (Stern), alors je me suis renseignée s’il existait une déclinaison locale. » Avec plusieurs autres femmes, militantes féministes ou non, elles se sont réunies sur Facebook pour organiser l’action, au coeur de Clermont-Ferrand.

Nous patientons. Les quatre autres filles arrivent. Dans leurs mains, tout le matériel nécessaire à l’action : colle, pinceaux et lettres peintes préalablement sur des feuilles A4. « Nous devons rester discrètes », lance Chloé, une militante féministe, venue grossir les rangs. J’ai l’impression d’aller en guerre, ou de m’apprêter à braquer une banque.

« Il faut penser comme les graffeurs »

Les phrases sont prêtes. La colle est là. Il ne reste plus qu’à trouver un lieu où les coller.  » On peut aller s’échauffer là où il n’y a pas beaucoup de passage, propose Chloé. Il faut penser comme les graffeurs ! », lance-t-elle. Nous voilà parties.

Louise ne peut pas s’empêcher de gigoter : « Je suis ultra-chaud », lance-t-elle. Chose promise, chose dûe, nous partons à l’assaut, séparées en deux groupes. J’avoue : mon cœur palpite. Au départ, j’étais seulement venue pour les regarder et en faire un joli reportage et quelques dizaines de minutes plus tard, me voilà à tenir l’énorme pot de colle pour que les filles puissent aller plus vite…. Nous faisons quelque chose d’illégal, peut-être. Mais ce sera utile.

« Il faut que les gens voient la réalité des violences conjugales, qui mènent à la mort. Qu’ils la croisent tous les jours. Il faut choquer les esprits », constate Emma, une étudiante, tout en collant frénétiquement.

Les premiers accrochages sauvages se déroulent bien, sous la lumière des lampadaires, à la vue des quelques passants. Une bonne chose ? Quasiment personne ne s’arrête, mis à part une femme qui nous félicite et un homme nous demandant la raison de notre action, rien à signaler.

Enfin, presque.

« Qu’est-ce que vous faites mesdemoiselles ? », entend-on. Ces mots nous stoppent net. Nous nous apprêtions à coller un nouveau message sur un mur vierge, très bien placé. Personnellement je n’en mène pas large. Mais pas mes camarades. « Nous collons des messages féministes », harangue Chloé aux policiers en civil. Dans leur voiture banalisée, les cinq hommes rient jaune, à quelques secondes près, ils auraient pu nous arrêter en flagrant délit. Ils finissent par partir. Réunion de crise quelques rues plus loin : devons-nous risquer de payer 68 € d’amende pour un collage sauvage ?  Emma et Éléonore ne veulent pas se résigner, tandis que Chloé et moi sommes mi-figue mi-raisin. Il faut dire qu’en moins d’une heure nous avons réussi à coller deux messages forts, et que l’autre groupe en a collé trois. Bon travail, « autant s’arrêter là, non ? », lance Chloé aux filles. Pourtant, il est presque 23 heures, et seulement deux messages à coller.

« On se redit sur la page Facebook de toute manière ? »  A l’unanimité, les filles termineront l’action, mais sans moi. Et surtout, elles ne comptent pas s’arrêter de sitôt.

 (*) Le nombre de femmes tuées par conjoint, ex ou mari à l’époque du reportage.

Si vous souhaitez, vous aussi, grossir les rangs des collectifs de collage, sachez qu’il existe des comptes instagram pour chaque ville de France. J’en ai recensé quelque uns juste ici. May the force…

une carte interactive des comptes instragram via genia.ly

J’ai également réalisé ce sujet pour la rédaction de Clermont-Ferrand

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